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Un christianisme social
( Ps 8; Matthieu 26, 36-38; Première Epître
de Jean, 3, 17 à 18)
(voir la vidéo) (écouter l'enregistrement)
Culte du 17 février 2008 à l'Oratoire du Louvre
pasteur Laurent Gagnebin
Quand on parle de christianisme
social dans le cadre du protestantisme un nom doit être immédiatement
cité celui du pasteur Tommy Fallot qui en 1878 prononce onze
prédications consacrées au Notre Père et qui
apporte pour la première fois dans le protestantisme français
un fondement à un christianisme social. On peut rappeler
que le pasteur Marc Boegner a consacré sa thèse de
doctorat en théologie à Tommy Fallot, sa vie, sa pensée
et son oeuvre. Le mouvement du christianisme social en tant que
tel date de 1888 sous cette appellation mais il existait déjà
précédemment avec un autre intitulé.
En 1896 le pasteur Tommy Fallot, pasteur de la paroisse de la
Chapelle du Nord à Paris écrit un livre au titre significatif
: Qu'est-ce qu'une Église ? Un chapitre de christianisme
social. Tommy Fallot, un père fondateur.
Et puis, deuxième génération, il faut là
citer trois noms d'abord Charles Gide, l'oncle d'André Gide,
professeur d'économie politique au collège de France,
à l'origine du mouvement coopératif, qui vivra surtout
dans le sud de la France et qui milite avec des responsabilités
diverses pendant cinquante ans au mouvement du christianisme social
puis deux noms de pasteurs : Élie Gounelle et Wilfred Monod
tous deux issus du méthodisme c'est-à-dire de cette
mouvance du protestantisme de cette Église même fondée
par John Wesley au 18e siècle et qui demande que notre vie
de prière soit structurée, construite et non pas abandonnée
aux désirs et aux oraisons libres. Wilfred Monod a été
pasteur à l'Oratoire, de 1907 à 1938 après
avoir été pasteur à Condé sur Noireau
à Rouen, et quand je dis Condé sur Noireau, j'insiste,
dans le Calvados parce que c'est là, devant les ravages terribles
de l'alcoolisme et les misères qu'il entraîne que Wilfred
Monod reçoit l'élan pour s'orienter vers un christianisme
social. Il sera professeur de théologie pratique à
la faculté de théologie protestante de Paris.
Que veut ce christianisme social dans l'horizon protestant ? Il
veut la reconnaissance des implications de l'incarnation. A savoir
la prédication d'un Évangile intégral tout
à la fois spirituel et social: il faut tenir les deux bouts
de la chaîne ; il n'y a pas de christianisme vrai qui ne soit
en même temps spirituel et social. Et Wilfred Monod aimait
à dire que l'expression de « christianisme social »
est en fait un pléonasme parce que le christianisme social
est un christianisme spirituel porté jusqu'au bout de lui-même
et connaissant son incandescence. Christianisme tout court disait
Wilfred Monod.
Deux entreprises créées par Wilfred Monod illustrent
ces deux dimensions du christianisme, spirituelle et sociale. D'abord
en 1911 la création d'un centre social au milieu du quartier
des Halles, alors tout à fait déshérité
: « la Clairière ». En 1923, avec son fils Théodore,
Wilfred Monod crée « les Veilleurs » cette communauté
qui est toujours en augmentation et en progression aujourd'hui et
qui représentait ce qu'il appelait un tiers-ordre protestant
rassemblant des fidèles et des pasteurs sous l'égide
d'une règle pour une vie spirituelle structurée. Il
y avait là comme disait Wilfred Monod une confrérie
et nous retrouvons les échos du méthodisme.
Puis Wilfred Monod sera le pionnier de l'oecuménisme en
1925, il participe à la conférence internationale
oecuménique de Stockholm sous l'égide de l'évêque
protestant Nathan Söderblom et puis en 1927 à celle
de Lausanne.
Mais il faut bien comprendre que pour Monod, christianisme social
et oecuménisme sont un seul et même combat parce qu'on
estime que si les croyances, que si les doctrines, que si les dogmes
divisent et séparent les Églises des actions concrètes,
pratiques, sociales peuvent rassembler tous les chrétiens
quelle que soit leur Église et même tous les hommes
de bonne volonté.
Ce message là est adossé à la grande prédication
des prophètes qui ont toujours affirmé quelle que
soit leur implantation, quel que soit le siècle où
ils ont prophétisé que la piété, que
la cérémonie religieuse, que les cultes, les sacrifices
ne sont rien s'ils ne sont pas accompagnés de l'amour du
prochain dans sa dimension individuelle, collective, sociale. Et
on trouve ce message aussi bien chez Ésaïe le beau chapitre
58, que chez Osée, que chez Michée, Jérémie,
Joël, Zacharie et plus particulièrement au chapitre
5, Amos où nous entendions tout à l'heure ces paroles
de l'Éternel : « je ne peux plus sentir vos cérémonies
religieuses... mais que le droit coule comme l'eau et la justice
comme un torrent qui ne tarit pas ! ».
Quels peuvent être les fondements d'un christianisme toujours
à la fois spirituel et social d'après ces témoins
de la première heure ? On peut en repérer six principaux.
- D'abord il y a cette référence au sommaire de
la loi c'est-à-dire l'amour de Dieu inséparable de
l'amour du prochain. Dans le chapitre 12 de l'évangile de
Marc il y a ce passage très important où un homme
de loi interroge Jésus et lui demande quel est le commandement
le plus important, le plus grand et Jésus donne le sommaire
de la Loi: Aimer Dieu, aimer son prochain et cet homme de la Loi
va reprendre ce sommaire en ajoutant ceci : C'est beaucoup mieux
que de présenter à Dieu des animaux qu'on brûle
sur l'autel et de lui offrir toutes sortes de sacrifices.
- Deuxième donnée, la divinité et l'humanité
de Jésus, il y a là comme deux pôles qui nous
invitent à un service divin, le culte et à un service
humain, l'amour du prochain.
- Troisième point, le credo et le programme. Les témoins
du christianisme social disaient les chrétiens, les croyants
ont un credo mais trop souvent ils n'ont pas de programme. Les hommes
politiques ont un programme, mais ils n'ont pas de credo. Il faut
réconcilier les deux parce que des croyances sans conséquence
dans notre vie quotidienne, personnelle, familiale, sociale ne sont
pas une véritable foi. Croire c'est agir, c'est se lancer
sur les chemins de la sanctification dont aimait parler Calvin et
la tradition réformée après lui à savoir
que portés par la grâce nous devons produire des fruits
de justice et des oeuvres.
- Quatrièmement et ce sera le sujet de ma prochaine prédication
: Le messie et le messianisme. On aimait à dire alors : «
les chrétiens ont un messie mais ils ont perdu le sens du
messianisme ; les socialistes, athées, les révolutionnaires
ont un messianisme mais ils n'ont plus de messie. » Il faut
là encore réunir les deux.
- Cinquième point, peut-être le plus important, l'oraison
dominicale, la prière que Jésus nous a transmise.
Elle est construite selon un plan tout à fait traditionnel
chez les juifs, qu'on retrouve d'ailleurs dans le décalogue.
Les premières requêtes concernent Dieu, notre père
et les dernières requêtes concernent l'être
humain et les premières requêtes qui concernent Dieu
commencent par « Notre Père » et les premières
requêtes qui concernent l'être humain commencent par
« notre pain » ce qui fait que le véritable
titre de cette prière n'est pas le « Notre Père
» qui est déjà presque une aliénation
religieuse uniquement un christianisme spirituel mais le véritable
titre devrait être le « Notre Père, notre pain
».
Nous allons redire ensemble le « Notre Père, notre
pain ». Les théologiens se jettent en général
sur ce « notre pain » pour dire immédiatement
que c'est le pain spirituel, celui de la parole de Dieu... Non,
il s'agit du pain quotidien, du pain matériel dont il est
question sans cesse dans les évangiles et Wilfred Monod
a accordé à la cène une place centrale parce
qu'il y voit précisément une double communion, communion
verticale avec Dieu, communion horizontale avec les autres où
l'on nous demande de partager notre pain.
Il est assez étrange de voir que les récits de
la multiplication des pains dans les évangiles et ceux
de la cène sont structurés dans leur introduction
exactement de la même manière. Donc il y a là
un parallélisme il y a là pour les auteurs des évangiles
une symétrie dans les deux cas, pour la cène comme
pour les multiplications des pains on nous dit que Jésus
rend grâces, qu'il prend, qu'il rompt et qu'il distribue.
Cela signifie que chaque cène doit être une multiplication
des pains et que chaque multiplication des pains à sa manière
est une cène.
Au coeur du culte chrétien, ce souci de l'autre est si
profondément inscrit à travers la cène que
le repas du Seigneur n'aurait plus aucun sens s'il n'était
cautionné au moins dans le coeur de quelques uns par un
amour sans frontière qui exige que nous partagions notre
pain et que nous réclamions des réformes sociales,
économiques, culturelles susceptibles de permettre une
meilleure répartition de nos biens sur cette terre. C'est
le pasteur Vassaux qui me signalait un jour une chose extrêmement
intéressante que chaque fois qu'on célébrait
la cène, le pasteur Wilfred Monod faisait en même
temps donner un repas aux pauvres du quartier des Halles.
- Et puis, dernier point, il y a le Père, notre Père
mais cette paternité de Dieu pour nous entraîne à
une solidarité, entraîne à une fraternité.
S'il y a notre Père c'est qu'il y a et qu'il doit y avoir
des frères et des soeurs. Et là, je relis pour conclure
cette deuxième étape cette affirmation que nous entendions
tout à l'heure dans la première épître
de Jean au chapitre 4 : « Voici donc le commandement que le
Christ nous a donné : Celui qui aime Dieu doit aussi aimer
son frère. »
Où est le Christ ? C'est une question que nous nous posons
souvent, où est le Christ aujourd'hui ? Où le rencontrer
? Comment le reconnaître ? Rappelez vous ce récit qui
vient conclure quasiment l'Évangile de Jean, l'histoire de
Thomas qui doute et qui ne croit au Christ ressuscité qu'une
fois qu'il a mis ses doigts dans les plaies du crucifié.
C'est comme crucifié que le Christ ressuscite. Partout où
il y a des croix, partout où il y a des victimes de l'injustice
le Christ est là qui nous appelle au secours.
Sur le chemin de Damas, d'après les actes des apôtres,
Paul - et c'est le récit de sa conversion - entend la voix
de Jésus qui lui dit : « Saül, Saül pourquoi
me persécutes-tu ? ». Or, il persécute des êtres
humains, des hommes, des femmes, chrétiens, croyants qu'il
fait arrêter, jeter en prison et peut-être même
condamner à mort.
Et puis il y a ce texte magnifique que nous relisions tout à
l'heure Matthieu 25, la parabole du jugement dernier: « ...chaque
fois que vous avez fait ceci ou que vous ne l'avez pas fait à
l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi
que vous l'avez fait... ». Quelle actualité de cette
page !
Le directeur du Centre d'Action Sociale Protestant (CASP) Sylvain
Cuzent aime à dire que cette page est fondatrice dans ses
combats qu'elle est emblématique pour les nôtres.
« ...J'ai eu faim et vous m'avez donné à
manger... ». 24 000 personnes meurent chaque jour de misère
et de malnutrition dans le monde.
« ...J'ai eu soif et vous m'avez donné à
boire... » Le grand drame de l'eau qui est un des drames
futurs qui attend notre planète et de l'eau potable.
« ...J'étais étranger et vous m'avez accueilli...
» il faut se réjouir que la Fédération
Protestante de France ait récemment publié une déclaration
insistant sur les mesures envisagées dans notre pays qui
risquent de fragiliser encore des milliers de familles déjà
en difficultés. Et cette déclaration signée
par la Fédération Protestante de France est aussi
signée par le CASP, par la CIMADE, par l'Armée du
Salut qui n'a rien de gauchiste, par la Mission Populaire Évangélique
de France.
« ...J'étais nu et vous m'avez vêtu... »
Plus d'un milliard de taudis sur la terre, 100 000 sans abris
dans notre pays dont 30 % pourtant ont un emploi. "
« ...J'étais malade... » le grand problème
des hôpitaux, des pandémies. "
« ...J'étais en prison et vous m'avez visité...
» notre pays est sans cesse dénoncé pour les
conditions de ces prisons dans des rapports français comme
étrangers, conditions que l'on désigne comme inhumaines
et dégradantes.
Actualité de cette page ! Mais j'ai envie de dire «
actualité hélas ! » Cela fait deux mille ans
que cela dure ! Et nous le savons bien aujourd'hui, ces problèmes
là sont beaucoup plus complexes, démesurés,
le plus souvent ils nous dépassent et il serait trop facile
dans une prédication de parler avec des gestes oratoires
et de vous accabler. Je ne veux pas que vous sortiez de ce culte
accablés mais au contraire prêts pour des combats même
si souvent nous nous sentons complices et nous sommes un peu honteux.
Voyez-vous, Jésus, le Jésus de la parabole du bon
Samaritain, nous pouvons le reconnaître dans le blessé
du chemin mais aussi dans le bon Samaritain. C'est Jésus
qui conclut cette parabole en disant : « ...Va et toi fais
de même... » Il nous rappelle sans cesse dans l'Évangile
quelque chose d'encourageant, quelque chose qui nous transporte,
notre vocation créatrice, notre vocation transfiguratrice
du mal en bien. Le président de notre conseil presbytéral
de l'Oratoire, Philippe Gaudin, le jour de l'installation ici même
du pasteur Marc Pernot citait en s'en étonnant cette parole
de Jésus d'après l'évangile de Jean «
Jésus dit : Celui qui croît en moi fera lui aussi les
oeuvres que je fais, il en fera même de plus grande »
Et bien voyez-vous si cette parole n'était pas prononcé
par Jésus d'après l'évangile de Jean et que
ce soit l'un d'entre nous qui dise cela - nous ferons des oeuvres
plus grandes que Jésus - on dirait qu'il blasphème
et qu'il est hérétique.
- Alors, honneur et reconnaissance aux compagnons d'Emmaüs
et au fondateur l'abbé Pierre.
- Honneur et reconnaissance à l'Armée du Salut
et à son fondateur William Booth, lui aussi méthodiste.
- Honneur et reconnaissance aux Restos du Coeur et à leur
fondateur Coluche associé alors, et on l'oublie, à
l'abbé Pierre.
- Honneur et reconnaissance à tous les centres d'actions
sociales, à tous les diaconats, à tous les conseils
d'Entraide de France et de Navarre de notre paroisse et des autres
paroisses parce qu'il sont le coeur rayonnant et ardent de notre
vie paroissiale et sans ce coeur là notre prédication
serait lettre morte.
Revenons à Matthieu 25. Wilfred Monod consacrait à
cette parabole du jugement dernier une prédication ici même
dans cette chaire en 1911 et il y écrivait ceci qui sera
la conclusion de notre prédication : " Aux yeux de l'Éternel,
à l'heure décisive des comptes à rendre :
- mieux vaudrait avoir vécu sans religion
que d'avoir vécu sans amour.
- Mieux vaudrait avoir servi Jésus-Christ sans le nommer
que d'avoir nommer Jésus-Christ sans le servir. "
Amen
Vous pouvez réagir sur le blog de l'Oratoire
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Pasteur dans la chaire de
l'Oratoire du Louvre
© France2
Lecture de la Bible
Amos 5. 21-24
Je déteste vos pèlerinages,
je ne veux plus les voir dit l'Éternel.
Je ne peux plus sentir vos cérémonies religieuses
ni les sacrifices que vous venez me présenter.
Je n'éprouve aucun plaisir à vos offrandes, je
ne regarde même pas les veaux gras que vous m'offrez en
sacrifice.
Cessez de crier vos cantiques à mes oreilles !
Je ne veux plus entendre le son de vos harpes !
Laissez plutôt libre cours au droit !
Que la justice puisse couler comme un torrent intarissable !
Matthieu
25. 35-45
J'ai eu faim et vous m'avez
donné à manger,
j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire,
j'étais étranger et vous m'avez accueilli chez
vous,
j'étais nu et vous m'avez habillé,
j'étais malade et vous avez pris soin de moi,
j'étais en prison et vous êtes venus me voir.
Les justes lui répondront alors :
« Seigneur quand t'avons-nous vu affamé et t'avons-nous
donné à mangé
t'avons-nous vu assoiffé et t'avons-nous donné
à boire
quand t'avons-nous vu étranger et t'avons-nous accueilli
chez nous ou
nu et t'avons-nous habillé ?
Quand t'avons-nous vu malade et en prison et sommes-nous allés
te voir ?
Le roi leur répondra, je vous le déclare, c'est
la vérité :
Toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus
petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez
fait !
...Toutes les fois que vous ne l'avez pas fait à l'un
de ces plus petits vous ne me l'avez pas fait à moi non
plus.
1 Jean 4.20 et 21
Si quelqu'un dit : «
J'aime Dieu ! » et qu'il haïsse son frère
c'est un menteur !
En effet, il ne peut pas aimer Dieu qu'il ne voit pas s'il n'aime
pas son frère qu'il voit.
Voici donc le commandement que le Christ nous a donné
:
Celui qui aime Dieu doit aussi aimer son frère. |
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