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Les apôtres dirent au Seigneur : Augmente-nous
la foi.
( Luc 17:3-10 ; Psaume 1 ; Romains 7:14-25 )
Culte à l'Oratoire du Louvre,
par le pasteur Marc Pernot
Comme lecture pour ce dimanche,
j'ai choisi ce passage de l'Évangile où les disciples
disent à Jésus Seigneur augmente-nous la foi
car il me semble que ça résume bien la mission
de l'Église d'être un lieu où des hommes et
des femmes peuvent ensemble chercher le développement de
leur foi, dans la réflexion, la prière, et le service
de l'autre.
Cette prière des disciples se trouve dans un texte de l'Évangile
selon Luc assez curieux, passant du coq à l'âne sans
logique évidente. C'est fréquent dans la bouche de
Jésus, et ce n'est certainement pas une erreur, ni de Jésus,
ni des évangélistes qui n'étaient pas idiots
non plus. D'ailleurs, un des principes de la lecture de la Bible,
déjà bien établi au 1er siècle, dit
que quand des passages contigus n'ont apparemment aucun rapport
entre eux, c'est pour nous inviter à chercher ce lien et
nous faire découvrir ainsi une réalité plus
profonde. C'est ce que nous allons chercher à faire ici. Dans le texte de l'Évangile selon Luc que nous avons entendu,
il y a 3 ou 4 épisodes liés ensemble du point de vue
littéraire mais dont les sujets semblent n'avoir aucun rapport
entre eux.
Nous avons premièrement cet enseignement où Jésus
nous parle du pardon. Jésus est ici très prudent,
beaucoup plus que d'habitude, en fait. Ce même Évangile
selon Luc nous donne des paroles qui vont infiniment plus loin qu'ici.
- Comme dans cette phrase où Jésus nous dit que
l'idéal est d'aimer et bénir même ses ennemis,
comme Dieu lui-même le fait sans cesse pour chacun de nous.
(Luc 6:27)
- Jésus est vraiment radical aussi avec cette parabole
de la brebis perdue (Luc 15:4) qui nous propose de tout quitter
pour partir à la recherche de celui qui s'est perdu sans
nous lasser jamais, comme Dieu lui-même le fait.
- Il y a enfin cette prière de Jésus en faveur
des soldats romains qui sont pourtant en train de se moquer de
lui et de l'exécuter à mort ! (Luc 23:34)
Par rapport à ces autres passages, ce que Jésus
nous propose ici est vraiment le minimum : juste de pardonner à
son frère quand il vient s'excuser du tort qu'il nous a fait.
C'est vrai que c'est une bonne chose, surtout que la faute commise
dans cet exemple a l'air d'être une petite chose méchante
qu'il peut nous arriver de faire plusieurs fois dans la même
journée. Dans ce cas, il devrait être assez facile de pardonner.
Le gros effort, c'est plutôt celui qui a le courage d'aller
s'excuser qui le fait. Jésus nous dit que ce serait dommage
de notre part de gâcher ce geste de paix en refusant de pardonner.
D'accord ? Oui, sauf que nous savons tous qu'il est difficile
de se forcer à pardonner. C'est pour ça que l'exemple
donné ici par Jésus est intéressant. Si quelqu'un
recommence à faire la même faute alors qu'on vient
d'accepter ses excuses, c'est déjà énervant,
mais s'il recommençait 7 fois dans la même journée,
la plus patiente des personnes s'énerverait et l'enverrait
se promener, non ? C'est ça que Jésus met en avant
avec cet exemple, à mon avis. Bien souvent, c'est la colère
et l'énervement qui nous rendent incapable de faire le bien
que l'on sait devoir être fait pour notre bien et pour celui
des autres.
Alors, quelle est la solution ? C'est ce que l'on voit dans le
2e épisode de ce texte curieux. Les disciples de Jésus
ont raison, la clef est une question de foi. Il nous arrive à
tous de ne pas être maître de nous-mêmes, de ne
pas arriver de pardonner même une petite chose ou de faire
encore et encore la même méchanceté envers des
personnes que nous aimons... Bien souvent, la colère, l'énervement,
notre immaturité, ou je ne sais quel autre repli de notre
personnalité nous conduisent à faire le mal que nous
ne voudrions pas et nous empêchent de faire le bien que nous
voudrions faire (Rom. 7:14-25). Tout le monde est comme ça.
Les disciples ont raison de chercher dans la foi la solution.
La réflexion et la volonté participent à
notre développement, mais il est très difficile d'améliorer
un tant soit peu son propre caractère. La solution, nous
disent les disciples, c'est de chercher la foi comme source d'un
vrai développement de notre personnalité. Très
bien. Mais comment faire pour développer sa foi. N'est-ce
pas repousser le problème, le rendre encore plus difficile
? Les disciples ont alors une idée : ils demandent à
Jésus d'augmenter leur foi. Voilà une bonne idée,
si Jésus développait leur foi, ils seraient plus fort
du point de vue spirituel, et du coup leur être, leur moral,
leur maîtrise d'eux-mêmes, leur amour, leur connaissance
du bien, et leur motivation pour faire le bien grandiraient, et
ils seraient alors capables de pardonner 77 fois dans la même
journée à un coquin qui fait tout pour nous énerver.
Les disciples croient avoir trouvé la solution, mais est-ce
vraiment une bonne idée de demander à Jésus
d'augmenter notre foi ? Ça semble bien, mais Jésus
leur répond d'une façon mitigée, étrange,
d'abord avec cette histoire d'arbre jeté dans la mer, puis
par une parabole qui semble n'avoir aucun rapport.
Jésus leur dit d'abord : Si vous aviez de la foi comme
un grain de moutarde, vous diriez à ce sycomore de se jeter
dans la mer, il le ferait !
Qu'est-ce que veut dire Jésus avec cette histoire ? Qu'est-ce
que ça apporte comme réponse à la prière
des disciples qui lui demandent d'augmenter leur foi pour qu'ils
soient capables de pardonner même à ceux qui les énervent
?
Jésus leur répond qu'en réalité, leur
foi n'est pas trop petite pour faire déjà ce miracle.
Oui, nous dit Jésus, avec cette histoire, purifier notre
être de ce qui ne va pas en nous est un prodige impossible
à réaliser avec des forces humaines. Le savoir, la
réflexion, les efforts sont utiles, mais ils ne suffisent
pas en soi à nous rendre maître ne serait-ce que d'une
petite chose comme l'énervement provoqué par un coquin
qui se paye notre tête. Par la foi, nous pouvons faire ce
genre de prodige.
Dans ce sens, Jésus approuve ainsi les disciples, mais
il leur dit que leur foi est déjà bien assez grande
pour faire ce genre de prodiges. Il nous dit que notre foi à
nous, qui n'est certainement pas nulle, suffit donc déjà
pour accomplir des prodiges dans notre être. La question est
donc tout simplement de la mobiliser pour ce travail, ou plutôt
de laisser Dieu agir en nous grâce à notre petite foi
pour qu'il nous débarrasse miraculeusement des médiocres
sycomores qui nous encombrent et qui font que notre comportement
est source de régression pour nous et autour de nous.
Nous avons donc déjà ce pouvoir prodigieux en nous,
et comme ces disciples, nous manquons souvent de confiance en nous,
croyant notre foi trop petite. Elle est déjà assez
grande pour faire pas mal de choses.
Cela dit, Jésus ne trouve pas que c'est une si mauvaise
idée qu'ont les disciples de vouloir développer leur
foi. Mais Jésus va ensuite leur expliquer que la foi ne se
développera pas comme ils l'espéraient dans leur prière
" Seigneur augmente nous la foi ".
En comparant la foi à une graine, Jésus approuve
leur espérance, mais il apporte déjà une rectification.
La foi est comme une graine, elle comporte en elle-même sa
propre capacité à grandir et à porter du fruit.
Jésus leur dit ainsi : c'est une bonne idée de vouloir
développer votre foi, mais ce n'est pas en attendant comme
ça qu'un autre la développe pour vous que ça
marchera.
Quand on a une graine d'arbre dans la main, comment faire pour
qu'elle grandisse ? Pas besoin de sortir de l'agro pour ça,
et même si on prie Dieu : Seigneur fais pousser cette graine,
Seigneur fais pousser cette graine... tant qu'on ne fait rien, ça
ne poussera pas.
Alors, comment faire pour développer sa foi ? Jésus
le suggère déjà dans cette histoire de graine,
puis Jésus le précise encore dans la curieuse parabole
qui suit.
1) Il nous propose de commencer par aller labourer. On doit piocher
un peu si l'on veut que sa foi grandisse, piocher par la prière
et aussi par la réflexion, comme le font ici les disciples
avec Jésus. Le reste du travail, effectivement sera fait
par Dieu. À nous, il revient de labourer dans l'attente de
ce que Dieu sèmera et fera pousser. Et cette graine de foi
que nous avons déjà nous permet déjà
de faire des prodiges de défrichage et de labourage si on
veut.
2) Jésus propose ensuite un 2e travail, il nous propose
d'être le berger des brebis de son maître. Normalement,
dans la Bible, le berger c'est Dieu ou le Christ. Quand les disciples
prient Seigneur augmente notre foi , c'est parce qu'ils
savent que Jésus est berger, comme son Père est notre
berger à tous. Et bien, Jésus leur propose, Jésus
nous propose de nous mettre aujourd'hui, avec notre foi minuscule,
au service des autres. Les disciples de Jésus ont tout ce
qu'il faut pour travailler à proposer aux autres de développer
leur foi. Ils ont déjà une minuscule foi eux-mêmes,
et l'on sait qu'elle permet déjà d'accomplir des prodiges
en ce domaine. Et les disciples ont une 2e qualité bien utile
pour aller vers les autres, ils savent que leur foi a besoin de
grandir, ils savent qu'ils ont besoin de Dieu pour ça.
Ce 2e travail, celui de berger, est utile pour participer aux
uvres de Dieu dans le monde, mais celui qui s'y applique a
bien des chances de voir sa foi se développer. Il n'y a rien
de tel que de témoigner de son début de foi pour qu'elle
grandisse.
Voilà deux choses que nous propose Jésus pour augmenter
la foi, la nôtre et celle de notre entourage, comme si ces
deux développements étaient intimement liés.
Les disciples pensaient peut-être avoir cultivé leur
foi et bien témoigné auprès des autres de la
Parole de Dieu ils pourraient avoir des félicitations et
être enfin nourris par Dieu... et bien non, pas encore.
Ce que Jésus nous promet, c'est une chose extraordinaire,
mais pas encore très reposante. Quand le disciple rentre
de ce travail, nous dit Jésus, il trouve le maître
chez lui. Le résultat est bien ce qu'espéraient les
disciples, c'est même infiniment plus. Ils priaient pour recevoir
du Christ une croissance de leur foi, il leur est promis de recevoir
la présence même de Dieu chez eux, en eux.
Après le travail d'agriculteur puis de berger au service
de la foi, vient la présence de Dieu en nous, appelant à
faire un 3e métier, celui de cuisinier. Aussitôt rentré
du travail nous trouvons le maître chez nous, Dieu est là,
au plus profond de nous-mêmes, l'urgence est alors de le nourrir.
Il est le Créateur dans l'univers et pourtant sa présence
en nous est au début comme celle d'un bébé
qu'il faut nourrir.
Notre foi a besoin d'être labourée, elle a besoin
de s'exprimer dans le témoignage et le service de l'autre,
notre foi a également besoin d'être nourrie. Alors,
notre vie tout entière sera nourrie, pas seulement notre
foi, pas seulement notre dimension spirituelle mais notre vie tout
entière, notre liberté, notre enthousiasme, notre
optimisme, notre amour... et même cette force qui rend capable
de pardonner sept fois de suite, la force de dire à notre
colère ou à notre indifférence quand on les
sent monter : jette toi dans la mer, sors de ma vie.
La question dans ce travail de laboureur, de berger et de cuisinier
n'est pas de convaincre Dieu de nous augmenter la foi, la logique
n'est pas celle d'un salaire ou de bons points que l'on gagnerait,
nous dit Jésus. En fait, c'est tout simple, en faisant ces
travaux, on fait du bien et l'on se fait du bien, grâce à
cette prodigieuse force de vie qu'est la foi.
Seigneur augmente-nous la foi. Amen
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Pasteur dans la chaire de
l'Oratoire du Louvre
© France2
Lecture de la Bible
Luc 17:3-10
Prenez garde à vous-mêmes.
Si ton frère a péché, reprends-le; et,
sil se repent, pardonne-lui. 4 Et sil a péché
contre toi sept fois dans un jour et que sept fois il revienne
à toi, disant: Je me repens, -tu lui pardonneras. 5 Les
apôtres dirent au Seigneur: Augmente-nous la foi. 6 Et
le Seigneur dit: Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé,
vous diriez à ce sycomore: Déracine-toi, et plante-toi
dans la mer; et il vous obéirait. 7 Qui de vous, ayant
un serviteur qui laboure ou paît les troupeaux, lui dira,
quand il revient des champs: Approche vite, et mets-toi à
table? 8 Ne lui dira-t-il pas au contraire: Prépare-moi
à souper, ceins-toi, et sers-moi, jusquà
ce que jaie mangé et bu; après cela, toi,
tu mangeras et boiras? 9 Doit-il de la reconnaissance à
ce serviteur parce quil a fait ce qui lui était
ordonné? 10 Vous de même, quand vous avez fait
tout ce qui vous a été ordonné, dites:
Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que
nous devions faire.
Psaume 1
Heureux lhomme qui
ne marche pas selon le conseil des méchants, Qui ne sarrête
pas sur la voie des pécheurs, Et qui ne sassied
pas en compagnie des moqueurs, 2 Mais qui trouve son plaisir
dans la loi de lEternel, Et qui la médite jour
et nuit! 3 Il est comme un arbre planté près dun
courant deau, Qui donne son fruit en sa saison, Et dont
le feuillage ne se flétrit point: Tout ce quil
fait lui réussit. 4 Il nen est pas ainsi des méchants:
Ils sont comme la paille que le vent dissipe. 5 Cest pourquoi
les méchants ne résistent pas au jour du jugement,
Ni les pécheurs dans lassemblée des justes;
6 Car lEternel connaît la voie des justes, Et la
voie des pécheurs mène à la ruine.
Romains 7:14-25
Nous savons, en effet, que
la loi est spirituelle; mais moi, je suis charnel, vendu au
péché. 15 Car je ne sais pas ce que je fais: je
ne fais point ce que je veux, et je fais ce que je hais. 16
Or, si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais par là
que la loi est bonne. 17 Et maintenant ce nest plus moi
qui le fais, mais cest le péché qui habite
en moi. 18 Ce qui est bon, je le sais, nhabite pas en
moi, cest-à-dire dans ma chair: jai la volonté,
mais non le pouvoir de faire le bien. 19 Car je ne fais pas
le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. 20
Et si je fais ce que je ne veux pas, ce nest plus moi
qui le fais, cest le péché qui habite en
moi. 21 Je trouve donc en moi cette loi: quand je veux faire
le bien, le mal est attaché à moi. 22 Car je prends
plaisir à la loi de Dieu, selon lhomme intérieur;
23 mais je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre
la loi de mon entendement, et qui me rend captif de la loi du
péché qui est dans mes membres. 24 Misérable
que je suis! Qui me délivrera de ce corps de mort?...
25 Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ
notre Seigneur!... Ainsi donc, moi-même, je suis par lentendement
esclave de la loi de Dieu, et je suis par la chair esclave de
la loi du péché. |
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