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Les Dix Paroles
( Exode 20:1-17 )
Culte à l'Oratoire du Louvre,
par la pasteur Florence Taubmann
Chers amis,
Vous venez davoir lecture de ce texte quon appelle
les Dix Paroles, et que souvent lon connaît mieux sous
lappellation Les dix Commandements. ET quand on pense aux
dix commandements , deux images peuvent nous venir
à lesprit : - - dun côté limage dune Loi divine
qui tombe du ciel, une Loi divine très ancienne, originelle
même, et qui sadresse à tous les hommes. Les
dix commandements, nest-ce pas universel ? Dautant plus
que ce que lon se rappelle immédiatement, en général,
cest linterdiction du meurtre, et lhonneur dû
aux parents .
- Mais dun autre côté, quand on pense aux dix
commandements, on se souvient du peplum qui porte ce titre, avec
Charlton Heston en Moïse. Et donc à ce moment là,
lobjectif sélargit et cest une histoire
singulière, cest toute lépopée
des Hébreux qui apparaît, de la naissance de Moïse
, la sortie dEgypte par la Mer Rouge, le veau dor, la
difficile traversée du désert, jusquà
quelques quarante années plus tard, lentrée
en terre promise, cest-à-dire en Canaan. Et au milieu
de tout cela, il y a bien sûr la révélation
au Sinaï, et le don des Tables de la Loi, le don des Dix commandements.
Si je commence de cette manière, cest pour souligner
dentrée de jeu quil y a quelque chose de paradoxal
dans ces dix paroles et dans leur réception. Et cest
visible rien quà travers ces deux souvenirs. Dun
côté les dix commandements ont une portée universelle,
et dun autre côté ils sont liés à
une histoire singulière, une histoire particulière.
Et cest le premier point que je voudrais souligner.
En se rappelant le fameux peplum, notre mémoire agit, sans
le savoir, de manière assez juste : à savoir quelle
replace notre texte, nos dix paroles dans leur écrin, dans
leur histoire. Car si ces dix paroles adressées par Dieu
à Moïse tombent du ciel sur le Sinaï, ce nest
pas de nimporte quel ciel. Autrement dit, ce nest pas
un Dieu anonyme, ce nest pas le Dieu des philosophes et des
savants, ni le grand horloger de lunivers qui, fort de sa
sagesse et de son expérience des hommes, envoie la Loi aux
simples mortels. Cest le Dieu dAbraham, dIsaac
et de Jacob, le Dieu lié à lhistoire dIsraël,
le Dieu qui vient de libérer son peuple de la maison de servitude,
et qui sadresse à ce peuple. Cela signifie que ces
paroles, ces dix paroles sont prononcées dans le lieu de
lAlliance, dans le lieu de la relation. Elles sont dites de
quelquun à quelquun. Elles expriment une relation
singulière.
Cela, on lentend tout au long des dix paroles à travers
lemploi du je et du tu . Du
je de Dieu et du tu du peuple . Cela
on lentend dans la première parole, qui est une parole
didentification, de mise en souvenir. Je suis lEternel
ton Dieu, qui tai fait sortir dEgypte, de la maison
de servitude, tu nauras pas dautres dieux devant ma
face. Je suis ton Dieu qui agis pour toi, et tu es mon peuple,
toi qui as bénéficié de mon action.
Cela, on le retrouve encore dans le 4ème commandement,
qui est la prescritpion du chabbat. En effet, lobservance
du chabbat nest pas requise de la totalité des humains.
Elle est prescrite à ce peuple seulement, cest- à-
dire au peuple juif. Ce nest pas une loi universelle.
Et pourtant, nous navons pas tort en voyant le Décalogue
comme une Loi universelle. Les dix paroles valent en effet pour
tous les peuples de la terre. Loin de se sentir exclues, les nations
doivent se sentir invitées à recevoir cette Loi, à
en bénéficier.
- Déjà, on la déjà dit, car
on y entend les lois éthiques fondamentales : respect des
parents, interdit de meurtre, mais aussi de ladultère,
du vol, du faux témoignage, de la jalousie. Et tout cela
relève de la morale universelle.
- Mais on doit constater également que les commandements
spécifiques concernant Dieu et le chabbat ont une portée
qui concerne la terre entière et luniversalité
humaine. Sils sadressent en premier lieu au peuple de
Dieu, leur retentissement va bien au-delà. Dabord parce
que laffirmation de Dieu comme Dieu libérateur dun
peuple va se conjuguer avec laffirmation de Dieu
seul Dieu, Dieu créateur du ciel et de la terre. Et
ensuite parce que le repos chabbatique sera loi et droit non seulement
pour le peuple, mais aussi pour les esclaves et serviteurs, les
étrangers résidents, et même les animaux. Le
repos du chabbat, de loi religieuse, va devenir loi éthique,
ayant en même temps une portée cosmique.
- Autrement dit, cette histoire singulière entre Dieu et
son peuple, cette Alliance, et donc aussi ces commandements visant
Dieu et le chabbat concernent non seulement ce peuple-là
mais la terre entière. Cest lhistoire des hommes,
cest lesprit humain, ce devrait être le cosmos
lui-même qui en sont bénéficiaires pour toujours.
Car ce qui se dévoile dans ces paroles concernant Dieu et
le chabbat, cest un mode dêtre avec Dieu, un mode
dêtre au monde, un mode dêtre avec le prochain.
Et ce mode dêtre demandé par lAlliance
est en réalité emblématique de la condition
humaine. Et si ce mode dêtre peut paraître de
quelque façon étrange à qui sy sent extérieur,
en tout cas il na rien détranger à ce
quest lhomme.
Mais je voudrais maintenant approfondir ceci à travers
quelques remarques sur les commandements concernant Dieu, puis sur
les commandements concernant le prochain.
Déjà, première remarque, si on est un familier
de la Bible, on peut sétonner de ne pas trouver dans
le Décalogue, qui est comme le cur de la Loi, le double
-commandement indiqué par Jésus, mais aussi par le
maître pharisien Hillel, comme lessentiel de la Loi,
à savoir Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute
ton âme, de toute ta force, de toute ta pensée, et
tu aimeras ton prochain comme toi-même. . Les dix paroles
ne nous demandent pas, du moins explicitement, daimer Dieu.
Elles ne nous demandent pas, explicitement, daimer notre prochain.
Leur propos, ou leur ton, est autre. Et on voit tout de suite, en
les entendant ou en les lisant, que les prescriptions négatives,
ou interdits, lemportent largement sur les prescriptions positives..
Comme si, avant toute avancée dans le bien, il fallait apprendre
à déjà sabstenir du mal.
Les trois commandements concernant Dieu sont dailleurs tous
sur ce mode négatif. De laffirmation que Dieu fait
de lui-même comme libérateur de son peuple découlent
en effet :
- linterdiction davoir dautre dieux
- linterdiction de se faire des images et de les honorer
- linterdiction dutiliser son nom en vain.
On note une progression dans ces commandements : le premier semble
logique. Puisque Dieu sest lié à lhistoire
dun peuple, le peuple quil sest choisi, puisquils
sont en Alliance, il semble normal que ce Dieu demande à
ce peuple de navoir pas dautres dieux. Mais cela ne
suffit pas. Car au fond, même laffirmation monothéiste
peut se conjuguer avec lidolâtrie. Avoir un seul Dieu
au détriment dautres dieux ne protège pas du
danger de faire de ce Dieu une idole. Alors on peut comprendre les
deux autres paroles concernant Dieu comme des mesures contre ce
danger.
De Dieu lui-même il est interdit de se faire des images,
quil sagisse dimages taillées, comme dans
lhistoire du veau dor, ou encore dimages mentales.
Autrement dit, attention à ne pas enfermer Dieu dans une
image que lon se ferait de lui. A ce propos, lexégète
Paul Beauchamp écrit : Il nest pas nécessaire,
pour être idolâtre, de représenter Dieu comme
un taureau, un aigle ou une colombe. Il suffit de le voir fort sans
douceur, ou aimant sans puissance, ou terrible sans
patience, ou tendre sans sagesse
.Mais voir toutes
ces qualités réunies ensemble, cest ne pas voir
.
La sanction de lidolâtrie est dure. Cette sévérité
nous pousse à voir dans celle-ci, non pas une faute purement
formelle ou extérieure, mais bien une attitude profonde de
lêtre. Etre idolâtre, ce nest pas seulement
se fabriquer des amulettes ou des statues, cest soccuper,
ou même se suroccuper le regard, les mains, la pensée,
le cur, la vie, afin de ne pas connaître Dieu, de ne
pas entendre ni attendre sa Parole et sa Loi. Cest remplacer
la possibilité de sa présence par ce qui rend sa présence
impossible. Afin de se protéger de lui. De léviter.
Et cette faute, ainsi que la sanction qui laccompagne est
transmissible. On est aujourdhui choqué, et à
juste titre, par ce poids de la faute des parents retombant sur
les épaules des enfants. Et dailleurs la théologie
biblique elle-même a évolué à ce sujet,
déjà dans le Premier Testament , et ensuite avec Jésus,
en affirmant dune part le caractère personnel des fautes,
dautre part la miséricorde Dieu, qui lemporte
toujours sur sa colère. Cest ce quon entend déjà
par ces paroles : ils exerce la bienveillance jusquà
la millième génération.
Enfin, dernier danger concernant Dieu, le pire peut-être:
utiliser en vain son nom . Là encore, on ne
peut en rester à la seule extériorité de linterdit,
car ce quil vise est le cur de lêtre, et
ce quil implique, cest lattitude envers le prochain,
envers le monde. Prononcer le nom de Dieu en vain, cest se
servir de Dieu pour commettre linjustice, pour violenter,
tuer, asservir. Cest mentir et pervertir la parole. Cest
se déclarer tout-puissant et prendre finalement la place
de Dieu. Les exemples historiques et actuels sont hélas trop
nombreux : guerres de religion, inquisition, djihad islamique, fanatisme
réduction
des femmes au rang desclaves. Tout cela au nom de Dieu et
de sa volonté.
Aussi ce qui se dessine en ombre portée derrière
ces interdits, cest la requête insistante du Dieu biblique
invitant à le connaître et à lécouter.
A le connaître comme Dieu de compassion et Dieu de justice.
Dieu qui a donné vie, Dieu qui a libéré de
lesclavage, Dieu qui donne une Loi pour assumer cette vie
et cette liberté dans la justice et la compassion fraternelles.
Dieu qui donne le chabbat pour le repos de tout labeur et qui plus
tard donnera aussi le jubilé pour la remise de toute dette.
Mais ceci nous introduit dans les commandements qui concernent
le prochain. Je ne vais pas insister sur le chabbat, dont jai
dit tout à lheure quil sagissait dune
loi religieuse, concernant la relation à Dieu, mais aussi
dune loi éthique concernant la relation au prochain,
et même dune loi à portée cosmique, puisqu
elle donne une orientation à lêtre au monde.
Et je passerai donc au 5ème commandement : Honore
ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent
sur la terre que lEternel ton Dieu te donnera.
Seul commandement positif concernant un prochain, et pas nimporte
quel prochain, puisquil sagit des parents. Les parents,
au cur du Décalogue. Cela na rien détonnant
si lon songe quils sont le pilier de la transmission
de génération en génération. Honorer
: le verbe hébreu ainsi traduit peut aussi se traduire par
glorifier, il contient lidée de poids. Donner du poids
aux auteurs de ses jours. Leur accorder limportance qui leur
est dûe. Il ne sagit pas de les mettre à la place
de Dieu bien sûr. Mais par la considération accordée
à ceux qui nous ont précédés, il sagit
de sinscrire dans le cours du temps et de lhistoire
. Ce peut être le sens de la récompense annoncée
: afin que tes jours se prolongent sur la terre que Dieu
te donnera.
Enfin nous trouvons les 5 autres commandements, tous sur le mode
de linterdit, et qui dessinent les dangers fondamentaux menaçant
la vie des hommes entre eux:
- le meurtre
- ladultère
- le vol
- le faux témoignage
- la convoitise ou envie.
Il nest pas possible de sétendre dans le cadre
de cette soirée, et donc de commenter chacun de ces interdits,
car cela prendrait trop de temps. La seule remarque que je voudrais
faire concerne la différence quil faut établir
entre le meurtre, ladultère, le vol, le faux témoignage,
qui relèvent dactions précises, et la convoitise,
ou envie, qui relève du for intérieur, du sentiment,
et pourrait-on dire, de la tentation . Car une faute commise et
une tentation éprouvée ne sont pas la même chose.
Mais si lon songe à la place que prennent les histoires
de jalousie et de rivalité dans la Bible et dans lhistoire
humaine, et à leurs conséquences désastreuses,
on se rend compte que cette dernière parole du Décalogue
est fondamentale pour lattitude envers le prochain, mais aussi
envers Dieu. Car nest-ce pas souvent la la convoitise, la
jalousie qui ont généré le vol, le meurtre,
ladultère, le faux-témoignage, le parricide
ou linfanticide, mais également lidolâtrie,
lutilisation en vain du nom de Dieu, le désir de se
faire un nom par soi-même ou dêtre comme des dieux.
On voit alors comment la première Parole, ou Dieu se présente
comme le Dieu qui libère de la maison de servitude, rejoint
la dernière Parole, dans un désir absolument bienveillant
de préserver lhumain du pire danger qui le guette :
la servitude envers ses propres fantasmes et désirs de puissance,
lesclavage envers la maladie mortelle de la jalousie et de
la rivalité.
Et si lon sent cela, on comprend aussi que cette adresse
des dix paroles dépasse le cadre de la seule Alliance où
elle a été prononcée, et que cette histoire
singulière dun peuple avec son Dieu peut être
emblématique de chacune et de toutes les histoires des hommes
avec ce Dieu Un. Car il y est question de ce que nous sommes, des
dangers qui nous menacent, et qui sont intérieurs à
nous-mêmes, mais surtout dun Dieu dont le dessein est
notre libération, notre vie, notre bonheur.
Amen.
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Pasteur dans la chaire de
l'Oratoire du Louvre
© France2
Lecture de la Bible
Exode 20:1-17
Alors Dieu prononça toutes ces paroles, en disant:
Je suis lEternel, ton Dieu, qui tai fait sortir
du pays dEgypte, de la maison de servitude. Tu nauras
pas dautres dieux devant ma face.
Tu ne te feras point dimage taillée, ni de représentation
quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont
en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que
la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne
les serviras point; car moi, lEternel, ton Dieu, je suis
un Dieu jaloux, qui punis liniquité des pères
sur les enfants jusquà la troisième et la
quatrième génération de ceux qui me haïssent,
et qui fais miséricorde jusquà mille générations
à ceux qui maiment et qui gardent mes commandements.
Tu ne prendras point le nom de lEternel, ton Dieu, en
vain; car lEternel ne laissera point impuni celui qui
prendra son nom en vain.
Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras
six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième
jour est le jour du repos de lEternel, ton Dieu: tu ne
feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton
serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni létranger
qui est dans tes portes. Car en six jours lEternel a fait
les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu,
et il sest reposé le septième jour: cest
pourquoi lEternel a béni le jour du repos et la
sanctifié. Honore ton père et ta mère,
afin que tes jours se prolongent dans le pays que lEternel,
ton Dieu, te donne.
Tu ne tueras point.
Tu ne commettras point dadultère.
Tu ne déroberas point.
Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton
prochain.
Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras
point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante,
ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne
à ton prochain. |
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