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Je suis l'Éternel,
l'Éternel Dieu miséricordieux...
( Exode 34:1-10 )
Culte à l'Oratoire du Louvre, le 26 août 2007
par le pasteur Marc Pernot
L'épisode du veau
d'or cherchait à nous faire réfléchir sur
ce qu'est la faute fondamentale pour nous aider à purifier
ainsi notre façon d'être. Le texte que nous suivons
ce matin va lui aussi à l'essentiel, mais cette fois-ci pour
chercher qui est Dieu et quelle est son attitude face à l'homme
imparfait que nous sommes.
Le début du texte présente un Dieu de compassion
dont la bonté est sans limites : L'Éternel, l'Éternel,
Dieu miséricordieux et compatissant,
lent à la colère,
riche en bonté et en fidélité,
qui conserve son amour
jusqu'à mille générations,
qui pardonne l'iniquité,
la rébellion et le péché.
Cela est parfait, et nous verrons ce que Dieu nous apporte ainsi
concrètement. Mais il y a une difficulté. La fin du
texte est assez terrible, elle est même parfaitement injuste
:
L'Éternel Dieu ne tient pas
le coupable pour innocent,
il punit la faute des pères sur les enfants
et sur les enfants des enfants
jusqu'à la 3e et à la 4e génération
!
C'est incroyable. Que Dieu punisse est déjà une
idée très discutable, mais comment punirait-il la
faute de quelqu'un sur ses enfants ? C'est incroyable, d'autant
plus que cette phrase ne cadre pas du tout avec le début
du texte où Dieu s'engage à conserver son amour pour
des milliers de générations, sans aucune condition.
Cette phrase annonçant que "Dieu punit la faute des
pères sur les enfants et les enfants de leurs enfants"
est donc tout à fait étrange. Mais en regardant le
texte original hébreu on découvre que cette annonce
épouvantable est une invention des traducteurs de la Bible.
Il n'y a absolument pas marqué "punir" dans le
texte original, mais simplement "rendre visite" (paquad
dqp). Il n'y a pas le moindre indice dans le texte hébreu
qui pourrait laisser penser à punition de Dieu, ce qui suppose
l'idée de privation ou de souffrance causée volontairement.
Au contraire, le paragraphe précédent me semble rendre
évident que ce texte nous dit que Dieu promet de visiter
les enfants et petits-enfants pour leur venir en aide, pas pour
les accabler encore de souffrances supplémentaires.
Dans les traductions de la Bible, les fautes de traductions aussi
graves sont assez rares. J'ai même l'impression que les traducteurs
ne font des "fautes" que dans les textes les plus essentiels.
Peut-être parce qu'il y a plus d'enjeux dans ces textes et
qu'ils ont du mal à assumer une théologie qui ne correspond
pas à ce qu'ils pensent être "la Vérité".
Peut-être aussi parce que les traducteurs connaissaient par
cur ces grands textes et suivaient la traduction habituelle
sans se poser de question. Dans tous les cas, que cela soit intentionnel
ou non, nos traductions de la Bible ont fait apparaître ici
une conception de Dieu qui s'inspire plus du seigneur féodal
au moyen âge que du Dieu dont il est question dans cette magnifique
page de la Bible.
Dieu est donc bien miséricordieux et compatissant, comme
l'annonce l'introduction, et ce n'est pas la suite du texte qui
dit le contraire.
Vous allez me dire qu'il y a quand même cette affirmation
que "Dieu ne tient pas le coupable pour innocent". Mais
heureusement. C'est par amour que Dieu ne tient pas le coupable
pour innocent. Et s'il agit ainsi ce n'est pas pour punir le coupable
mais pour tenter de guérir le coupable et ses victimes. Car
s'il y a une faute c'est qu'il y a un problème de fond dans
son auteur, d'abord, et il y a également des dégâts
concrets causés par cette faute. Le mal s'étend en
effet en cercles concentriques comme quand on jette un cailloux
à la surface d'un lac. Par définition, c'est ça
le mal : quelque chose qui fait du mal, de la souffrance et de la
mort. Quand Dieu ne tient pas le coupable pour innocent cela ne
veut pas dire qu'il tient un grand registre avec les fautes et les
bonnes actions de chacun, bien sûr que Dieu n'entretient pas
ce genre de rancunes, la question n'est absolument pas là
et nous pouvons vraiment compter sur son pardon. Mais il ne tient
pas le coupable pour innocent car ce serait renoncer à le
faire progresser et ce serait renoncer à tenter de corriger
les troubles que sa faute a provoqués.
Les fautes que nous commettons aujourd'hui peuvent avoir des répercutions
lointaines. Les sciences humaines nous confirment qu'un traumatisme
peut avoir des répercussions non seulement sur la personne
blessée, mais sur ses enfants, et même jusqu'à
ses arrière petits-enfants. Heureusement que le bien aussi
a des répercussions peut-être encore plus fortes, par
exemple quand la foi entre dans une famille par une seule personne
et que dix générations plus tard des descendants ont
encore leur vie illuminée. Mais dans le cas d'une blessure
profonde, il est fondamental que Dieu "visite" les conséquences
de la faute commise partout où elles se feront sentir, y
compris plusieurs générations après. C'est
une vraie source d'espérance, il y a du bonheur à
reconstruire, il y a tant de choses à restaurer : une estime
de soi peut-être, une espérance, la foi, une façon
de voir et d'être...
Dieu "ne tient pas le coupable pour innocent", heureusement
pour lui. Dieu ne l'abandonne pas, mais il regarde le coupable comme
un enfant qui va mal, comme un enfant chéri qui a besoin
de recevoir son pardon et son aide. Car si une faute fait du mal
aux autres, la faute fait aussi des dégâts en son auteur.
Déjà le fait d'être source de mal n'est pas
bon signe sur son état de santé spirituelle et existentielle,
mais chaque faute commise empire encore sa situation. Dieu ne peut
pas se détourner de cet homme, il se rend présent
auprès de lui et fait tout pour le sauver de la mort.
C'est ainsi que Dieu agit, et c'est aussi, bien sûr, ce
qu'il nous propose de faire. C'est ce que fait Jésus et c'est
ce qu'il nous nous propose de faire quand il nous dit de nous "aimer
les uns les autres", puisqu'il nous arrive évidemment
à tous d'être le méchant de cette histoire,
comme il nous arrive à tous d'être le gentil à
qui il est permis d'aimer son ennemi, sans le tenir pour innocent,
mais en faisant ce que l'on peut pour faire avancer les choses.
Cet immense texte où Dieu se présente à Moïse
est ainsi à 200% un texte témoignant de l'amour de
Dieu. Si je dis 200%, c'est pour tenter de rendre compte du début
de la présentation : Je suis "l'Éternel, l'Éternel
Dieu". Dans la Bible, Dieu est appelé "Dieu"
(la) pour évoquer cette force infinie qu'il développe
pour faire avancer la création. Et Dieu est appelé
"l'Éternel" (hwhy) pour évoquer sa tendresse
maternelle, comme celle d'une maman qui cajole son enfant et qui
ne se désintéresse jamais de lui, surtout pas quand
il fait des bêtises. La présentation de Dieu commence
donc bien, en annonçant que Dieu est deux fois plus plein
de tendresse que de force. C'est utile de le rappeler car a priori
les deux rôles sont contradictoires. Quand un maçon
construit une maison, il doit agir avec rigueur, ne "pardonnant"
pas à une pierre ou à une poutre d'être fendue.
Ce n'est pas ainsi que Dieu crée l'humain, car chaque élément,
chaque individu est un joyau qui lui paraît de toute façon
indispensable en lui-même.
Dieu est "aimant et faisant grâce", il "aime"
de ce verbe tout maternel qui évoque, ici encore, la tendresse
d'une mère pour son nourrisson, et il "fait grâce"
comme un roi absolu fait cadeau de la vie à un coupable condamné
à mort.
Dieu est "lent à la colère", il prend
le temps de nous laisser grandir. Contrairement à ce que
l'on pense, Dieu n'agit pas tellement comme avec une baguette magique,
mais dans la Bible il est souvent comparé à un jardinier
qui sème et soigne une plante, ou à des parents qui
donnent vie et élève un enfant. Il en faut de la patience
quand on exerce le métier de jardinier ou de parents ! Il
serait injuste de revenir le lendemain et se mettre en colère
contre l'arbre que l'on a planté la veille parce qu'il n'aurait
pas encore donné de pommes. Dieu est donc d'une patience
infinie pour son enfant, il est si "riche en bonté et
en fidélité" qu'après nous en avoir donné
et encore donné, il en a toujours autant à nous offrir.
Sa patience est telle qu'elle "dure des milliers de générations",
nous dit le texte, ce qui veut dire un temps infini.
Dieu pardonne. Plus précisément, le texte nous dit
que Dieu "soulage de l'iniquité, de la rébellion
et du péché", il nous décharge du fardeau
du mal, de celui que nous subissons, d'abord, mais aussi du mal
que nous avons commis. Il nous soulage d'une façon positive,
pas pour nous innocenter à bon compte, mais peut-être
justement pour que nous prenions enfin la vraie mesure, grâce
à lui, de là où nous en sommes et de ce que
nous pouvons faire maintenant de mieux pour vivre et pour faire
vivre.
C'est à la rencontre de ce Dieu que Moïse est appelé.
Ce n'est pas la première fois qu'il va ainsi monter sur la
montagne pour recevoir ce que Dieu veut leur offrir pour les faire
vivre, lui et son peuple. La première fois a été
un élan brisé par leur adoration du veau d'or (Exode
32). Mais jamais Dieu ne se lasse de nous offrir la vie. Il repasse
et repassera encore nous offrir une chance de vivre.
Pour cela, il propose d'abord à Moïse de se préparer.
Ces quelques gestes simples qu'il va faire nous proposent un programme
de préparation spirituelle pour recevoir la présence
et l'action de Dieu :
- Moïse se prépare alors qu'il fait encore nuit,
il est certain que le jour va se lever, comme nous pouvons l'être
de l'aide de Dieu quand nous sommes dans les ténèbres.
- Moïse prépare des tables de pierre pour que Dieu
puisse écrire dessus. Nous pouvons de même nous préparer
à recevoir sa Parole, l'attendre, avoir soif de sa présence.
Cela l'aide bien, c'est même pratiquement indispensable.
- Moïse monte ensuite, de bonne heure et avec ses tables
sous le bras, il s'élève comme nous pouvons nous
élever par la prière et par la réflexion
dans l'attente de quelque chose qui vienne de lui.
- Moïse monte seul, comme nous le propose aussi Jésus
quand il parle de la prière (Mat. 6:6). Moïse a laissé
au pied de la montagne les autres, ses possessions et ses troupeaux.
Nous, c'est par la prière et la réflexion que nous
laissons notre entourage, nos activités et nos contingences
biologiques, juste un temps, pour redescendre ensuite, fort de
quelque chose de neuf qui vient de Dieu.
Il est la source de la vie. Notre part de travail, c'est simplement
de nous rendre disponibles pour cette dynamique divine, l'attendre,
lui faire une place, se préparer à changer. La suite
va de soi, parfois par paliers comme une naissance, et parfois par
progrès insensibles comme une croissance. Alors Moïse rend hommage à Dieu. Mais en même
temps qu'il reconnaît ainsi Dieu, il considère alors
un peu plus les autres hommes comme des frères, prenant leur
faute comme si c'était la sienne. Déjà il aime
comme il a été aimé, il aime juste un peu,
à sa mesure, mais déjà la vie de Dieu a commencé
à lui donner de vivre vraiment.
Que Dieu nous soit ainsi en aide.
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Pasteur dans la chaire de
l'Oratoire du Louvre
© France2
Lecture de la Bible
Exode 34:1-10
LEternel dit à
Moïse: Taille deux tables de pierre comme les premières,
et jy écrirai les paroles qui étaient sur
les premières tables que tu as brisées. 2 Sois
prêt de bonne heure, et tu monteras dès le matin
sur le mont Sinaï; tu te tiendras là devant moi,
sur le sommet de la montagne. 3 Que personne ne monte avec toi,
et que personne ne paraisse sur toute la montagne; et même
que ni brebis ni boeufs ne paissent près de cette montagne.
4 Moïse tailla deux tables de pierre comme les premières;
il se leva de bon matin, et monta sur le mont Sinaï, selon
lordre que lEternel lui avait donné, et il
prit dans sa main les deux tables de pierre. 5 LEternel
descendit dans une nuée, se tint là auprès
de lui, et proclama le nom de lEternel. 6 Et lEternel
passa devant lui, et sécria: LEternel, lEternel,
Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la
colère, riche en bonté et en fidélité,
7 qui conserve son amour jusquà mille générations,
qui pardonne liniquité, la rébellion et
le péché, mais qui ne tient point le coupable
pour innocent, et qui punit liniquité des pères
sur les enfants et sur les enfants des enfants jusquà
la troisième et à la quatrième génération!
8 Aussitôt Moïse sinclina à terre et
adora. 9 Il dit: Seigneur, si jai trouvé grâce
à tes yeux, que le Seigneur marche au milieu de nous,
car cest un peuple au cou raide; pardonne nos iniquités
et nos péchés, et prends-nous pour ta possession.
10 LEternel répondit: Voici, je traite une alliance.
Je ferai, en présence de tout ton peuple, des prodiges
qui nont eu lieu dans aucun pays et chez aucune nation;
tout le peuple qui tenvironne verra loeuvre de lEternel,
et ce que jaccomplirai par toi inspirera de la crainte. |
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