L’Oratoire du Louvre au cœur de Paris et de la région protestante de l’Ile de France

En cette année 2011, compte tenu de l’entrée au sein de la Fédération protestante de France d’un certain nombre d’Eglises ou de fédération d’Eglises, ce sont plus de 200 Eglises locales qui rendent compte de la diversité du protestantisme dans notre région.

La statue de l'Amiral

Les Eglises du « courant principal » que sont l’Eglise réformée de France (ERF) et l’Eglise évangélique luthérienne de France (EELF) côtoient maintenant , en plus des Eglises baptistes et pentecôtistes déjà membres de la Fédération , d’autres Eglises plus proches de la sphère évangélique ou bien issues de l’immigration.

Il ya là un vrai enjeu et dans le même temps une vraie promesse pour le « vivre ensemble » protestant, pour son témoignage au nom de l’Evangile et pour sa visibilité au sein de la société civile.

Pour décrire plus précisément l’Eglise réformée de France en région parisienne, dans laquelle s’insère l’Oratoire du Louvre, c’est un ensemble de 68 Eglises locales qui représentent 20 000 foyers connus, soit 8 000 foyers cotisants, avec la présence de 62 pasteurs (pour l’année 2010/2011)

L’Église réformée participe au témoignage de l’Evangile parmi les 18 Eglises qui composent la Fédération Protestante de France en Région parisienne soit 230 Eglises locales. La Fédération protestante de France a la volonté d’impulser des pôles régionaux pour développer la vie fédérative, qui se concrétise par des pastorales régionales, le suivi des postes d’aumônerie de prisons, des hôpitaux et des aéroports…

L’ERF en Région parisienne se situe dans un bassin économique et humain très actif avec ses 12 millions d’habitants, une population multiculturelle et d’origines très variées.

Les Eglises locales vivent ainsi de cette mobilité au niveau de leurs membres et des responsables qui s’engagent, comme l’atteste le fait qu’à l’heure où sont écrites ces lignes, 40 % des conseillers presbytéraux exercent un premier mandat.

La deuxième caractéristique est la dimension internationale et interconfessionnelle des paroisses parisiennes, une dizaine de nationalité pouvant se retrouver pour vivre le culte dominical.

La troisième caractéristique notable est le nombre important de personnes engagées dans la vie de l’Eglise.

Un récent questionnaire envoyé aux Eglises locales a permit de faire émerger la présence de plus de 1 600 animateurs, responsables d’équipes diaconales et techniques engagés. Ces données sont certainement à majorer, puisque toutes les paroisses n’avaient pas fourni les réponses. Depuis quelques années la demande de formation de la part des laïcs est en augmentation sensible, auprès des Conseils presbytéraux : trésoriers, animateurs bibliques, catéchètes, prédicateurs laïques… : cela dénote le désir d’accroître sa compétence pour un service qui nécessite aussi une formation continue pour les laïcs.

Ces dernières années, impulsée par le Synode régional, relayée par les rencontres de Consistoires, les Eglises locales se sont attachées à développer une démarche de réflexion et d’action sur trois axes majeurs : l’édification personnelle, le développement de la vie communautaire et la visibilité extérieure.

Il n’est qu’à lire les chroniques paroissiales, soit dans les publications locales soit dans le journal régional « Paroles Protestantes» pour mesurer le foisonnement des initiatives et la l’engagement manifeste des paroisses dans la volonté d’être et de montrer une Eglise ouverte et accueillante. L’ERF n’est plus une Eglise « généalogique » dans laquelle le renouvellement se faisait, pour ainsi dire, par transmission familiale, mais est devenue une Eglise multiple, variée, d’élection, de par sa capacité à savoir s’adapter aux sollicitations des personnes ne venant pas d’un sérail protestant traditionnel et surtout par une (nouvelle ?) aptitude à accueillir. Tant il est vrai que celles et ceux de nos contemporains qui s’adressent à nous en ayant fait l’effort d’entrer dans nos bâtiments, souvent peu amènes, ne reviendront que s’ils se sont sentis reçus et nourris .

Cette dimension de l’accueil, premier signe d’une fraternité bienveillante, s’est considérablement renforcée dans l’ensemble des paroisses cette dernière décennie.

Mobilité professionnelle, émergence (conséquences des Missions de la fin du XIX° et du XX° siècle), prosélytes divers, personnes « en recherche » recomposent la configuration des paroisses parisiennes.

C’est en s’attachant à quelques « fondamentaux » (mais si le mot existait, on pourrait aussi écrire « fondementaux »puisqu’ils constituent à vrai dire le socle de notre vie spirituelle tant sur le plan de notre vie intérieure d’Eglise que sur celui de notre ouverture vers l’extérieur), affinés au cours des synodes de ces dernières années que l’ERF en région parisienne travaille et vit son évolution d’Eglise qui se modifie au coeur d’une société elle même mouvante. Non pas pour imposer « un programme commun d’Eglise», (qui pourrait le faire ? L’Eglise n’est pas une « holding », les paroisses ne sont pas des succursales.) mais en pleine conscience de la diversité des pratiques de l’annonce de l’Evangile, en insistant sur l’urgence de la proclamation de la Bonne Nouvelle autour de trois verbes : « Clarifier. Adapter. Convertir ».

Clarifier l’expression de sa foi, c’est à dire se mettre au clair sur le contenu du message évangélique. Adapter son témoignage au monde tel qu’il est, ce qui suppose trouver les mots pour le dire, apprendre à rendre compte de sa foi d’une façon intelligible, et culturellement adaptée, afin de susciter une écoute, une réflexion et, pourquoi pas, une réponse. Convertir la vie paroissiale afin de renouveler notre façon de vivre en Eglise pour qu’elle rayonne davantage.

Le message final d’un précédent synode régional, destiné à être adressé à l’ensemble des Eglise reprenait cette pédagogie en déclarant :

« Le Synode reconnaît que l’Esprit nous invite à dépasser nos limites dans notre mission d’annoncer l’Evangile :
- A aller au-delà de nos habitudes, notre culture et nos langages pour entrer en relation avec les autres,
- A apprendre à proclamer à l’extérieur l’Evangile reçu et partagé entre nous,
- A nous laisser libérer de nos peurs et nos pudeurs (déranger les intimités, n’être pas assez bon orateur, paraître ridicule…).
Dans la confiance en Dieu qui, par son Esprit, nous envoie et nous rend capables de témoigner, aussi divers que nous sommes ».

Cette exhortation n’est pas restée une simple figure de style à la fin d’une déclaration synodale mais a bien constitué, dans des déclinaisons diverses, un véritable viatique pour la vie et le témoignage de bon nombre d’Eglises locales.

Il est toujours d’actualité et nous permettra d’autant mieux d’aborder le nouveau tournant qui apparaît sur le chemin du protestantisme en Ile de France puisqu’en 2013, l’ERF (Eglise réformée de France) et l’EELF (Eglise évangélique luthérienne de France) ne seront plus qu’une seule et même Eglise nationale. En région parisienne, subsisteront deux régions ecclésiastiques distinctes, mais non séparées, puisque que dans le même temps, nationalement, il n’y aura plus qu’un seul Synode et qu’une seule commission des ministères pour l’accompagnement des candidats et candidates à l’entrée dans le ministère pastoral.

C’est véritablement un défi qui nous provoque et nous convoque ; nous provoque dans nos habitudes de piété, de liturgie, d’identités confessionnelles particulières (ou ce que nous penons comme telles) au sein du protestantisme tout comme c’est une convocation (être appelés ensemble) pour participer à un vrai et ambitieux projet qui, avant toute chose, est un projet spirituel et non pas seulement une question de synergies d’appareils ecclésiastiques. Que l’ERF et L’EELF se soient engagées dans un processus d’union est d’abord et avant tout une bonne nouvelle à recevoir et à partager, car c’est une joie de rejoindre et d’être rejoints et par là d’ouvrir un chemin vers de nouveaux horizons. Oui, par là, l’Eglise-institution prend son véritable sens.

Déjà, par le biais de rencontres pastorales régionales ou locales, les ministres de la future Eglise unie, qui prendra le nom d’ « Eglise Protestante Unie de France », renforcent la connaissance commune qu’ils avaient déjà les uns des autres, déjà des collaborations se développent : la publication « Paroles Protestantes» est l’illustration anticipée de cette future union puisqu’il est le résultat de la fusion de l’ancienne « Voix Protestante », réformée et de« Fraternité évangélique », luthérienne.

Des collaborations se déploient également en terme d’animation biblique, de formation des adultes, de travail en direction de la jeunesse. Tout comme du reste des actions communes entre paroisses ERF/EELF proches géographiquement.

Bien sûr, toutes les Eglises locales de l’ERF ne sont pas, de façon pratique, directement concernées par un travail conjoint avec une paroisse luthérienne mais toutes feront partie du nouveau paysage que donnera l’Eglise unie.

Tout ce qui vient d’être esquissé, plus que développé, car il y manque une vision au plus près de ce que sont les relations oecuméniques, les engagements diaconaux, les relations avec les Eglises à travers le monde, tellement multiples et changeantes pour la seule Eglise réformée en région parisienne et les Eglises locales qui la composent, est aussi transposable dans les relations qui unissent l’ERF et les autres Eglises de la Fédération protestante de France.

Dans ce domaine des relations inter-ecclésiales, comme dans tous les autres engagements d’Eglise quels qu’ils soient, il faut de la motivation, des idées, des rencontres, du temps, de la ténacité et de l’opiniâtreté pour aboutir à la joie d’être, dans nos diversités et nos habitudes respectives, nos multiples façons de prier et de faire monter notre louange, témoins et serviteurs de l’unique Seigneur.

 

 Jean Charles Tenreiro,
président du Conseil Régional des Église Réformées parisiennes
extrait du livre du bicentenaire