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Question de visiteur & réponse proposée
Ces questions et réponses ont été rendues anonymes
en changeant quelques détails (prénoms, ville, âge exact, profession...)
afin de protéger l'intimité des personnes concernées
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Sauvé par la croix ou sauvé
malgré la croix ?
Bonjour Marc,
Jai découvert ton site en
cherchant des homélies et des prédications sur Pâques. Jai
jeté un coup dil sur les questions /réponses
japprécie ton ouverture desprit et ta largeur de vue ! -
et sur dautres pages, j'ai également lu ailleurs ton commentaire du film de Gibson " The Passion". Je nai pas vu le film, je nen
ai pas loccasion, et vu les recensions lues, pas lenvie non plus
! Ce qui ma interpellée cest ton commentaire à la
fin :
Mais non, à la réflexion, le pire
c'est le sens qui est donné à la passion du Christ. Ce sens
est dit explicitement, mais en 2 ou 3 petites phrases, il s'agit purement
de cette invention moyenâgeuse d'Anselme de Cantorbery appelé
du doux nom de "satisfaction vicaire".
- Selon cette théorie, Dieu ne pourrait
pas nous pardonner nos péchés tant qu'il n'y a pas quelqu'un
pour payer. Selon cette théorie, comme nos péchés sont
abominables et que nous sommes nombreux, la note est salée. Le Christ,
innocent et souffrant énormément aurait payé pour nous,
arrivant à acheter ainsi le pardon de Dieu.
- Cette théorie est une incroyable régression
par rapport à l'évangile du Christ, elle est même en
régression par rapport à la théologie d'Abraham (soit
une régression niant presque 4000 ans d'efforts de Dieu pour se faire
connaître).
Dans l'évangile, le premier à aimer
(même ses ennemis), c'est Dieu, il n'a pas besoin qu'un innocent achète
son amour par sa souffrance et sa mort. Heureusement. Quand le Christ meurt
sur la croix, il montre combien il aime d'humanité, et cela nous donne
une idée de l'amour de Dieu pour nous. Un amour infini qui, comme tout
amour, ne s'achète pas.
Pasteur Marc Pernot
Tout à fait daccord avec
toi ! Mais peux-tu mexpliquer comment tu vois les choses, en ce qui concerne
la mort de Jésus et le rapport avec le salut pour lhumanité,
et développer ton point de vue. Tu vois, je suis catholique, je connais
mal le protestantisme et jessaie de pallier cette lacune en surfant à
mes rares moment libres. Je me rends bien compte quil y a une large palette
dopinions dans votre confession mais je trouve ton approche intéressante,
pour ce que je peux en percevoir.
Marie
Merci, chère sur, pour ce message si fraternel.
Voici comment je vois les choses. La question de notre salut,
ce n'est pas la conversion de Dieu, mais plutôt la nôtre. Dieu
pouvait aimer et pardonner avant la croix, il pourrait aimer et pardonner
même s'il n'y avait pas eu la croix. Car Dieu est amour. Le Christ manifeste
cet amour, et c'est bien utile, car personne n'a jamais vu Dieu. Nous sentons
qu'il y a un amour quelque part là-haut, mais serait-ce une idée,
un émotion subjective ? Peut-être que je projette sur Dieu la
tedresse que j'ai reçue (ou pas reçue) de ma petite maman? Et
bien non. En Jésus-Christ, et particulièrement sur la croix,
nous pouvons tous enfin voir ce que c'est que l'amour, nous pouvons voir,
connaître, presque toucher ce que c'est que l'amour de Dieu pour le
pécheur. Et cela bouleverse en profondeur notre théologie, notre
relation à Dieu, notre espérance, notre relation à Dieu.
C'est vrai qu'il y a quelques passages qui pourraient faire
penser que le Christ achète notre pardon à Dieu. Ces passages
ne sont en réalité pas si simples qu'il semble, faisant appel
à la notion un peu étrange pour nous de goel hébreu,
de rachat, un peu comme on le voit dans le livre de Ruth qui est rachetée
par Boaz. Mais de toute façon, même si ces obscurs passages de
la curieuse lettre aux hébreux voulaient vraiment dire cela, je préférerais
suivre le très clair et fondamental passage de l'Evangile selon Jean
qui est à juste titre un des passages les plus connus de la Bible :
Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin
que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie
éternelle. (Jean 3:16) L'amour de Dieu est ainsi premier, fondamental,
offert au monde aimé tel qu'il est sans condition. Le Christ est une
manifestation de cet amour, à travers son incarnation, ses paroles,
ses actes, y compris sa mort. Cela nous est offert pour que nous, nous croyons,
pas pour rendre possible le pardon, pas pour satisfaire la "justice"
de Dieu, car cette justice c'est l'amour, amour qui aime même le pécheur,
qui aime particulièrement le pécheur jusqu'à tout donner
pour qu'il passe de la mort à la vie. Cet amour manifesté en
Christ appelle notre foi, il est une puissance de persuasion, une semence
de vie nouvelle en nous.
D'ailleurs, les
premiers chrétiens, au cours des 3 premiers siècles, représentaient
le Christ non pas sur une croix, mais comme un berger portant un agneau sur
ses épaules et faisant paître quelques autres. Le salut en Christ
est ainsi compris comme cette force d'amour et de pardon évoquée
dans la parabole de la brebis perdue, sauvée comme malgré elle.
Avec mes amitiés très fraternelles
pasteur Marc Pernot
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Bien cher Marc,
Merci pour ta réponse ! Je suis pleinement daccord
avec toi.
Je pense lorsque nous lisons le Nouveau Testament, que
ce soit la lettre aux Hébreux ou un autre livre, une autre épître,
nous devons pas oublier quil a été écrit par
des Sémites et nous devons nous garder dy projeter des concepts
gréco-latins
Jésus nest pas Iphigénie sacrifiée
à Artémis pour que papa Agamemnon puisse partir faire la guerre
de Troyes, et cela même si cet épisode mythologique connaît
un happy end. Le premier Testament, malgré lhistoire de la
fille de Jephté , nous le fait bien comprendre : Dieu ne veut pas
de sacrifice humain. Cette idée est donc étrangère
à la pensée de lapôtre Paul, juif formé
dans une école rabbinique, et des autres hagiographes. Tu fais bien
de le rappeler : le pardon de Dieu ne se monnaie pas , et surtout pas par
du sang humain ( qui plus est celui de son propre fils !) . La meilleure
traduction que jai trouvée pour Rm 3,25 cest celle de
Chouraqui !
Comme toi, je vois en Jésus le bon berger qui
prend sur ses épaules la brebis perdue . Il est celui qui vient me
chercher là où je suis pour m amener là où
il est.
Bien à toi en Jésus,
Marie
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Le temple de l'Oratoire du
Louvre photo Oratoire du Louvre
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